Historique

Naissance d'une aventure humaine extraordinaire

Le 20 novembre 1993, le froid commence à faire des victimes dans Paris. Et, à Bayonne? Francine, en se promenant, repère quatre/cinq personnes dormant sur des cartons sous les arceaux, place des Basques. Ni une, ni deux, elle leur porte un thermos de café. Accompagnée de Monique et Jean-Paul durant deux/trois jours, ils recommencent l'opération mais cela semble insuffisant.

Elles appellent alors les copains : Maïté, Christian, Bruna, Alain, Eliane, Jacques, Gene, Jojo. Que faire ? Il peut y avoir des gens qui peuvent mourir de froid à Bayonne.

Sans état d'âme, après un rapide tour d'horizon avec les associations caritatives déjà implantées, il s'avère qu'il manque une distribution de repas chauds pour les sans-abris. Le 25 novembre la Table du Soir est née; la dizaine de copains devient une dizaine de bénévoles cuisinant chez eux des plats qu'ils vont partager le soir dans la rue. Après un mois de distribution aux frais des copains, l'info parvient : il y a une Banque Alimentaire qui peut aider. Super ! On découvre qu'il faut créer une assos...

La machine fonctionne à merveille : on constitue un bureau, on squatte la Maison des Jeunes pour tenir les réunions de planning, on rameute la presse, on bouge de partout !... Pourtant, le maire vient de tenir une conférence de presse indiquant qu'il n'y a pas de problème à Bayonne concernant les sans-logis; or depuis un mois, ce sont trente personnes qui sont là, tous les soirs, autour des cocottes-minutes remplies de soupe !

Les gens viennent en curieux voir cet étrange ballet qui installe chaque soir à 19H sous les lampadaires de la Place des Basques des tables et tréteaux, distribue outre de la soupe, de la viande, des légumes, du fromage, des fruits, du café... et replie tout à 20H. Très vite, la chaîne de solidarité se développe. On reçoit de la nourriture, des dons en nature (couvertures, sacs de couchages, sacs à dos, couverts...) et en espèces.

Le 1er Noël est merveilleux : chaque invité recevra une trousse de toilette à son nom personnel (un mécène anonyme...). Les invités eux-mêmes nous porterons le soir de Noël 1000 Francs en pièces de 10, 20 50 cts... suite à une vente improvisée de pères Noël décoratifs auprès des commerçants du centre ville pour nous aider à financer les repas. C'est l'euphorie.

Le soir du 1er de l'an, Sandrine (une invitée) arrive avec un litre de porto pour fêter le passage en l'an 1994... Déjà, la règle "Pas d'alcool, pas de drogue, pas de violence" est en place et il est très difficile de la convaincre de ne pas le partager...

Les quatre premiers mois de distribution seront une joie incessante malgré les bagarres et les coups de couteaux que l'on gérera du mieux possible, malgré l'arrivée de mineurs pour lesquels le Juge des mineurs interpellé nous laissera l'entière responsabilité. Nous découvrirons avec beaucoup d'humilité des personnages hauts en couleur, au parlé vrai, avec chacun un vécu assez complexe. Pour ne citer que les premiers : Kiki, Néné, Lulu, Richard, Petit Lau, le Belge auxquels viendront s'ajouter Coco, Dominique, Sandrine et tous les autres. Nous apprendrons à les connaître, à les aimer et surtout à mieux comprendre ce monde où la fracture sociale s'installe et qui, au fil des années, prendra le doux vocable de "précarité".

Ce sera pour notre bande de copains, citoyens lambdas mais un peu farfelus, une expérience détonante car nous ne savions pas que ce 25 novembre 1993 où une envie folle de venir en aide à ces "moins que rien", ces "sans amis" allait nous entraîner dans une aventure humaine extraordinaire qui ne cesserait de s'enrichir grâce à tous : bénévoles, donateurs, amis, mairie, Conseil Général, associations, etc...

... 15 ans plus tard...

Quinze ans plus tard, la Table du soir est une institution bayonnaise reconnue. L'aventure que nous pensions au départ de courte durée continue son bonhomme de chemin. Hélas, le nombre d'invités n'est pas en régression, le profil du bon clodo alcoolique a disparu au bénéfice du jeune en errance ou du petit "retraité" qui n'a plus d'euros pour terminer le mois.

Une chose n'a pas changée : l'accueil à la Table.

L'environnement matériel s'est amélioré et le sourire, l'écoute sans jugement, la main tendue ainsi que la disponibilité de chacun restant les maîtres mots de cette folle aventure commencée un soir d'hiver 1993.

.... 20 ans plus tard...

La Table du Soir est toujours présente avec ses bénévoles toujours aussi dévoués pour préparer les repas chez eux (cf. 7 500 repas servis du 12/11/2012 au 29/08/2013).

Depuis de (trop) nombreuses années, la "précarité" ne cesse de croître et, à défaut de pouvoir la combattre, nous sommes contraints de la gérer avec les moyens mis à notre disposition.

Aujourd'hui, nous accueillons de plus en plus de jeunes dont certains sont déjà usés par la vie de la rue avec ses dangers : alcool, drogue,...

Une note d'espoir toutefois pour la saison 2013-2014 : des locaux en dur, chauffés mis à notre disposition par la Mairie de Bayonne (seule commune de l'agglomération à nous apporter une réelle aide) même si nous souhaitons encore plus et mieux, et en particulier un lieu d'accueil moins excentré par rapport au lieu de vie de nos "accueillis", où nous pourrons recevoir dans des conditions décentes, humaines, ces personnes en souffrance mises au ban de la société par certains.

L'aide apportée par de nombreuses peñas et associations, aumôneries de lycées, par la communauté d'Emmaüs, les dons des particuliers, les subventions allouées par certaines collectivités, ce dont nous les remercions bien sincèrement, nous confortent dans notre action.

N'oublions pas de remercier la Banque Alimentaire de Bayonne qui, chaque année, nous fournit les tonnes de denrées nécessaires à la confection des repas et, sans laquelle, des gens mouraient de faim dans les rues de Bayonne.

Mais aujourd'hui encore plus, nous espérons que cette misère va disparaitre, et que, la lutte au quotidien de milliers d'Associations comme la nôtre, y aura largement contribué.